La situation du paludisme au Sénégal est loin d’être uniforme. Selon les zones, le niveau de transmission varie considérablement. Dans le nord du pays, les cas restent relativement rares, tandis que la situation est beaucoup plus préoccupante dans le centre et surtout dans le sud-est.
« On a très peu de cas dans la zone nord. La transmission est assez élevée dans la zone centre et particulièrement élevée dans la zone sud-est, notamment entre Tambacounda et Kédougou », explique le Dr Doucouré du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP).
Pour le spécialiste, cette diversité impose de ne pas appliquer partout les mêmes méthodes. Chaque région possède ses propres réalités et nécessite donc une réponse adaptée. « Les défis de la zone sud ne sont pas forcément ceux de la zone nord », rappelle-t-il.
Les chiffres nationaux illustrent cette situation contrastée. En 2025, le Sénégal a recensé 245 562 cas confirmés de paludisme, soit environ 31 % de moins qu’en 2021. Malgré cette baisse encourageante, la maladie demeure fortement présente dans certaines régions. Kédougou concentre le plus grand nombre de cas avec 61 482 personnes touchées. Viennent ensuite Diourbel, avec 56 957 cas, Kaolack avec 32 320 cas et Tambacounda avec 29 936 cas.
À l’opposé, certaines régions affichent des niveaux nettement plus faibles. C’est notamment le cas de Louga, Saint-Louis, Matam et Fatick, qui enregistrent chacune moins de 3 500 cas.
Des défis qui changent selon les territoires
Les zones urbaines ne sont pas épargnées, mais elles font face à des problèmes d’une autre nature. À Dakar, par exemple, l’urbanisation rapide et la multiplication des grands chantiers peuvent créer des espaces favorables à la prolifération des moustiques, notamment à travers la formation de « gîtes larvaires ».
Dans le nord, la priorité consiste donc à parvenir à une interruption réelle de la transmission. À Kédougou, où la situation demeure beaucoup plus préoccupante, l’ambition est différente : il faut d’abord « casser la transmission et amener cette zone rouge vers une situation de contrôle, vers une situation de pré-élimination ».
Malgré ces écarts entre les régions, le Dr Doucouré reste optimiste. Il estime que le Sénégal dispose des moyens nécessaires pour « se positionner comme un pays leader en termes de lutte contre le paludisme ».
Selon les données présentées lors de la rencontre, le pays se situe aujourd’hui dans une dynamique de pré-élimination, avec un taux de 12 cas pour 1 000 habitants. Ce niveau reste largement inférieur au seuil de 100 cas pour 1 000 habitants retenu par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Le spécialiste rappelle toutefois qu’il faut distinguer deux notions souvent confondues : l’élimination et l’éradication. La première signifie mettre fin à la transmission du paludisme sur un territoire donné. La seconde va beaucoup plus loin puisqu’elle implique la disparition de la maladie à l’échelle mondiale.
Les communautés au cœur de la lutte
Pour franchir cette étape, les efforts ne peuvent cependant pas reposer uniquement sur les professionnels de santé. La sensibilisation et la mobilisation des populations restent essentielles.
« Il faudrait que les communautés comprennent réellement les enjeux », insiste le Dr Doucouré.
Dans cette stratégie, les médias occupent une place importante. Les journalistes peuvent servir de relais entre les autorités sanitaires et les populations en contribuant à diffuser des informations fiables et à maintenir l’attention sur la lutte contre la maladie. Ils doivent notamment aider à « passer les bons messages » et à entretenir « cette volonté d’aller vers l’élimination ».
C’est précisément dans cette logique que Speak Up Africa souhaite renforcer l’implication des médias dans la lutte contre le paludisme. Présente dans dix pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, l’organisation travaille notamment sur les questions de santé, d’éducation et d’équité de genre, en s’appuyant sur son expertise en communication stratégique et en plaidoyer.
Pour Papa Djibril Faye, chargé de plaidoyer de l’organisation, l’atelier organisé avec les journalistes avait un objectif clair : « orienter les jeunes journalistes et reporters du Sénégal sur les défis liés au paludisme, mais également leur intersection avec le genre ».
La rencontre devait également permettre aux participants de mieux comprendre les enjeux liés à l’objectif national d’élimination du paludisme à l’horizon 2030.
L’engouement des journalistes pour une information fiable
Papa Djibril Faye encourage ainsi les professionnels des médias à accorder davantage de place à cette problématique. Pour lui, cela passe notamment par un travail de terrain permettant de recueillir directement les préoccupations des populations et de mieux comprendre les réalités auxquelles elles sont confrontées.
Il appelle également les journalistes à travailler davantage avec le ministère de la Santé, à travers le Programme national de lutte contre le paludisme, afin de disposer d’informations fiables et de contribuer à une meilleure sensibilisation.
Speak Up Africa entend d’ailleurs poursuivre son accompagnement des médias. L’organisation souhaite notamment établir un partenariat avec la Convention des jeunes reporters du Sénégal afin de mettre en place un plan d’action capable de mieux structurer la participation des journalistes.
L’ambition est de permettre aux professionnels des médias de jouer un rôle encore plus important dans le plaidoyer et la sensibilisation autour du paludisme.
Le financement, un autre défi majeur et cassé tête des gouvernements
Les discussions de l’atelier ont également permis de mettre en lumière les obstacles qui pourraient ralentir les progrès réalisés ces dernières années.
Parmi les principales préoccupations figure le financement de la lutte contre le paludisme, dans un contexte marqué notamment par le retrait des financements de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). À cela s’ajoutent d’autres difficultés, comme les mouvements de grève récurrents, qui peuvent affecter la continuité de certaines interventions sanitaires.
La question du genre a également occupé une place importante au cours des échanges. L’ONG Voix Essentielles a notamment contribué aux discussions autour du genre, de l’engagement communautaire et du leadership féminin.
Au-delà des échanges théoriques, les participants ont pris part à des exercices pratiques consacrés à la production journalistique sur le paludisme et les questions de genre. L’objectif était de leur donner des outils concrets pour mieux traiter ces sujets et produire des contenus plus pertinents pour les populations.
À travers cette mobilisation réunissant acteurs de la santé, organisations de la société civile et professionnels des médias, le Sénégal cherche ainsi à donner un nouvel élan à sa stratégie de lutte contre le paludisme. À l’horizon 2030, l’enjeu sera de maintenir les progrès réalisés, de mieux prendre en compte les réalités propres à chaque région et surtout de renforcer l’implication des communautés.
Car au-delà des chiffres et des stratégies sanitaires, l’élimination du paludisme dépendra aussi de la capacité de tous les acteurs à parler d’une même voix et à faire de la prévention une responsabilité collective.




